Pierre-Yves Guyonnet et son club des Pau Devins, nous proposent :

Décembre 2002

Les Jurançons à l'épreuve des décennies

Avant Propos : Il peut apparaître paradoxal de ne pas avoir organisé cette dégustation plus tôt. Il nous aura fallu plus de deux ans pour le faire. Aussi je tiens à remercier vivement d’une part notre hôte pour cette soirée, Jean Bernard Larrieu, viticulteur et propriétaire du Clos Lapeyre et d’autre part nos deux GO, Stéphanie Hück et Bénédicte Lebecq nous concoctant une dégustation de très haute volée.

Les notes et appréciations sont personnelles, et donc non représentatifs du groupe.

Conditions de la dégustation :
Lieu : Chai du Clos Lapeyre
Dégustation à l’aveugle avec ordre pré-défini, sélection réalisée par Stéphanie et Bénédicte.
Une vingtaine de participants

Clos Lapeyre — Vieilles Vignes 1996 **(*)

Doté d’une robe jaune paille, ce premier vin séduit par un nez net de cire d’abeille, de vanille et de banane cuite. L’attaque est bien ronde et vive avec une finale légèrement amer sur le pamplemousse. Une belle entrée en matière avec ce sec faisant oublier l ‘espace de cette soirée la difficulté d’avoir de beaux secs dans cette appellation J  ! ! !

Domaine Cabarrouy — Cuvée passerillage 1995 **

La robe de ce vin tire sur le jaune or à reflets métalliques. Le premier nez est peu expressif puis s’ouvre sur des notes florales comme le genêt voir le foin coupé et la paille. La bouche est dotée d’une belle rondeur avec une trame acide bien présente, la finale est acidulée tirant sur l’ananas. Un vin agréable, bien loin toutefois de la Cuvée Sainte Catherine.

Domaine de Souch — Cuvée pour Renée 1996 ***(*)

La robe du vin est jaune or à traces de début d’évolution. Le nez est confit presque caramel d’où ressortent les arômes de pâte de fruits, de confiture de figues ou de coings. Le boisé est encore bien marqué. La bouche est grasse, avec un milieu de bouche vif et soutenu. La finale, quoique courte, tire sur les fruits exotiques tel la mangue et le fruit de la passion. On peut se demander si la prise de bois est optimale pour ce vin élégant.

Clos Lapeyre — 1996 **

D’une robe jaune paille, le vin exprime au nez des arômes citronnés et épicés de poivre et de safran. En bouche l’attaque est ample avec une belle acidité. La finale est rectiligne. Un vin sans grande ambition certainement mais à boire sans se prendre la tête.

Clos Thou — Suprême de Thou 1995 ****

La robe du vin est jaune or, très légèrement évoluée. Le nez est fin et bien expressif, avec des arômes praliné, compoté voir mentholé. L’attaque est ronde relayée par une assise acide tonique. En finale, le fruit de la passion, la grenade et la mangue peuvent être distingués. C’est long, c’est frais et tonique, c’est mûr et complexe, l’équilibre est bien là, bref un grand plaisir.

Domaine Cauhapé — Noblesse du Temps 1995 ***

La robe est jaune paille à reflets or métal. Le nez est franchement toasté et torréfié, sur les fruits secs telles la noisette ou l’amande, avec une pointe mentholée. La bouche est ronde avec une acidité bien présente. La finale est quelque peu " alcooleuse ". Le coté toasté du vin et sa finale manquant de netteté peuvent surprendre. Le vin arrivera-t-il un jour à s’ouvrir ?

Domaine G. Bordenave — GM 1993 **

La robe du vin est jaune paille encore bien préservée. Le nez est marqué truffe blanche (je n’ai jamais senti une truffe blanche, soit, mais c’est l’idée de l’arôme que je me fais ! ! !) et est finalement peu complexe. La bouche est épicée sur le curry avec des notes de noix fraîche. La finale tend vers la fleur d’oranger et le poivre. Pas de grande complexité pour ce vin simple et élégant.

Domaine G. Bordenave — Cuvée Savin 1993

BOUCHONNE, NON NOTE…

Clos Lapeyre — Cuvée prestige 1991 *** à ***(*)

La robe de ce vin est jaune or à reflets condensats. Le nez est peu intense et peu expressif. A l’aération, des notes de tabac frais, voir de feuille de thé se révèlent. La bouche est grasse et ronde. La trame acide est bien nette, la finale tire sur la mangue, la figue ou le poivre gris. Une très belle surprise pour un millésime pourtant difficile.

Domaine Nays Labassère 1990 ***(*)

D’une robe jaune or légèrement ambrée, le nez de ce vin tend vers les arômes de feuille de tabac et de pruneau frais. L’attaque est ronde relayée par une acidité nette. La finale est complexe et longue avec des arômes de pruneaux à l’eau de vie, de menthe fraîche, ou de pain d’épices. Le vin apparaît déjà bien évolué mais en pleine forme. Une réussite.

Clos Guirouilh — Petit Curgalah 1990 ** vers **(*)

La robe du vin est ambrée, voir condensat. Le nez est intense sur des notes anisées, de safran et de tabac avec une impression soufrée. La bouche est grasse manquant d’acidité en milieu de bouche. La finale est goudronnée, caramélisée, à tendance métallique. Un vin étrange, avec des arômes déroutants : Problème sanitaire, problème à la vinif ou évolution normale ? ? ? ?

Quatre vins issus du millésime 1988, le plus acide des dernières décennies

Clos Larredya — Petits mansengs 1988 ***(*) vers ****

La robe est jaune or à ambrée. Le nez est intense et complexe sur la truffe blanche, le thé à la bergamote, le sirop de cassis ou la cerise noire. La bouche est grasse avec une squelette acide très marquée. La finale est bien nette et précise tirant sur l’abricot. Un très beau vin peut être pas aussi complexe que certains mais hyper gourmand et hyper flatteur.

Domaine Bellegarde — Cuvée Thibault 1988 ***

La robe du vin est orangée, peau d’abricot. Le nez est peu intense, torréfié, sur le café avec des notes soufrées. La bouche est flatteuse avec une trame acide encore très présente. On retrouve le coté abricot en fin de bouche. Moins explosif que le précédent, le vin apparaît encore en pleine jeunesse…

Domaine Cauhapé — Noblesse du Temps 1988 **(*)

La robe est ambrée à brunâtre. Le nez, de faible expression, tire sur le thé et la pâte d’abricot avec une pointe de rancio. L’attaque est grasse avec une acidité marquée. La finale est légèrement sur l’alcool. L’impression d’évolution est tenace pour ce vin. A-t-on la réponse à notre question sur la même cuvée de 1995 ? Il semblerait…

Clos Lapeyre — Sélection 1988 **(*) vers ***

La robe est ambrée à reflets brunâtres. Le nez est intense sur le pruneau et la pâte de fruit. L ‘attaque est ronde relayée par une acidité étonnamment peu présente. La finale est courte sur le noyau de pruneau avec une pointe alcooleuse. Un vin sans doute dans une phase peu flatteuse.

Domaine Cancaillau — Crème de tête 1983 **(*)

La robe est légèrement ambrée. Le nez laisse exprimer des notes de camphre, de safran, de noix et de confiture de figues. L’attaque est soyeuse avec une bonne acidité la finale est réglissée voir nougatées, avec une prédominance d’alcool. Le charme du vin est quelque peu faussé par sa finale manquant de netteté.

Domaine Bru Baché — Casterasse 1983 ***

La couleur de ce vin est jaune or peu évoluée. Le nez est peu intense avec des notes torréfiées, pralinées et de cire d’abeille. L’attaque est ronde suivie par une acidité bien présente. La finale est légèrement amer mais bien équilibrée et rectiligne. Etonnante fraîcheur pour ce vin de près de vingt ans.

Cru Lamouroux 1982 ****

La couleur du vin est jaune or métal encore bien préservée. Le nez est intense et complexe sur des notes de curry, de safran, de camphre, de cire d’abeille et de menthe. L’attaque est ronde relayée par une trame acide conférant au vin une étonnante fraîcheur. La finale est bien équilibrée. Autre belle surprise de la soirée que ce vin issu de la Chapelle de Rousse.

Domaine Guirardel 1970 ***(*)

La robe de ce vin est ambrée à reflets brunâtres. Le nez est intense, sur les champignons, la truffe blanche, les fruits secs, tels l’amande ou la noix de cajou. En bouche, le vin est encore bien présent, avec une attaque franche et doté d’une acidité bien présente. La finale, équilibrée suit des arômes de pruneau ou d’abricot confit. Où pourrait-on trouver une telle jeunesse pour un vin d’un tel millésime ? (en dehors de la Loire bien entendu J  ! ! !)

Domaine Belouquet 1906

Cette bouteille exceptionnelle apportée par Jean-François Dutilh proviendrait d’un domaine appartenant à l’évêché de Lescar. Pas d’autres indications malheureusement sur ce vin, tant sur l’encépagement que sur les méthodes de vinif de l’époque. En tous les cas, une grande émotion partagée pour un vin d’un tel millésime !

La robe du vin est couleur cognac à reflet brunâtres, légèrement troublée. Le nez est complexe sur les légumes cuits tel le poireau, le rancio, coté Jerez, boite à cigares et caramel. La bouche est encore structurée avec des penchant eau de vie et pruneau. La finale est courte gustativement mais notre mémoire n’est pas prête de l’oublier. Difficile de déguster un tel flacon en gardant un semblant d’objectivité ! ! !

EBAUCHE DE SYNTHESE
Tierce des participants : 5-3-18/5-9-12/5-10-3/5-3-9/5-18-10/12-10-3/14-3-16/3-5-9/9-5-/5-9-13/5-9/3-5-10/5-12-3/5-9-18/10-3-18

Si l’on peut jauger un grand vin par sa capacité au vieillissement alors assurément le Jurançon fait partie des grands vins, cette dégustation à l’épreuve du temps en est une preuve éclatante : structure et équilibre, concentration et fraîcheur, ont été véritablement les stars de la soirée.

Au cours de la soirée, les surprises n’ont pas manqué, à commencer par une préférence manifeste pour les vins de la Chapelle de Rousse, sans doute plus complexe et plus flatteur que leurs voisins de Lasseube, Saint Faust ou Monein. Retenons également, un coup de cœur quasi unanime pour Le Clos Thou 1995, proche de la perfection, une mention spéciale pour le 88 de Larredya et le 91 du Clos Lapeyre, sans oublier le 82 du Cru Lamouroux remarquable de fraîcheur. Petite déception en revanche pour les vins du Domaine Cauhapé, enchanteurs sur fût, ils se révèlent en-dedans, manquant de fruit après quelques années en bouteille.

A la lumière de cette dégustation, quelques réflexions peuvent être formulées :

La course à la concentration est-elle judicieuse en Jurançon ou finalement le passerillage supporte-t-il des maturités extrêmes ? Assurément oui quand on a eu la chance de goûter Ven Balaguer 1998 du Clos Lapeyre ou Quintessence du petit Manseng du Domaine Cauhapé des derniers millésimes, mais cette élite ne serait représentée ce qu’il est possible de faire sur l’appellation sans moyen considérable et prise de risque inconsidérée. La dérive toasté et grillé de certaines cuvées ne nous a pas enthousiasmé.

Les cuvées 100% Petits Mansengs sont elles l’avenir de l’appellation ? Nous avons pu souligner à nombreuses reprises combien l’apport de gros manseng pouvait en faible quantité amener de la fraîcheur qui plus est, pérenne dans le temps.

Haut de page

steph.poulart@free.fr
Nous attendons de vos nouvelles!
Réalisation Stéphane Poulart . Mise à jour 24.01.2003